Le grand frisson

Nous venons de recevoir les archives d’Yvon Deschamps que l’artiste a confiées à BAnQ. Ma collègue y remarque quatre petites bandes conservées dans des boitiers sur lesquels on peut lire Osstidcho. On se regarde, interdites! Est-ce possible que l’inscription fasse véritablement  référence à ce spectacle mythique ? Il nous faut vite écouter ces enregistrements. Malgré toutes nos tentatives de réglage, nos appareils ne nous rendent aucun son. Nous pensons même à une défectuosité des bandes. Le mystère reste complet, quelle déception. Mais nous ne lâchons pas prise aussi facilement. Après quelques démarches et grâce à un collaborateur, nous réussissons enfin à écouter les bandes. Et voilà, d’abord la voix d’Yvon Deschamps et de Louise Forestier, puis la chanson Cinquante millions d’hommes, c’est l’excitation totale, le grand frisson!

 Hélène Fortier

Archiviste-coordonnatrice

Centre d’archives de Montréal, BAnQ

J’y étais

J’y étais. Au Théâtre de Quat’Sous. Je ne me souviens plus exactement quel soir de mai ou de juin 1968. Après tout, « if you remember the ‘60s, you weren’t there », comme l’a si bien dit l’humoriste Robin Williams. Au-delà de la folie nouvelle qui se dégageait du spectacle et de ses interprètes iconoclastes, je me souviens surtout de l’effet coup de poing ressenti en entendant pour la première fois Yvon Deschamps livrer le monologue Les unions qu’ossa donne. Un coup de massue plutôt qu’un coup de poing! Rappelons-nous que Les belles-sœurs n’avaient pas encore été créées. Cela ne se fera que deux mois plus tard, au Rideau Vert, à la fin d’août 1968.

 Le texte de Deschamps et le personnage qu’il créait, c’était du jamais vu, du jamais entendu. Donner la parole au sous-prolétariat, le faire parler dans ses propres mots, montrer sans fard sa totale aliénation (pour utiliser le vocabulaire marxiste – on est nostalgique ou on ne l’est pas), c’était une petite révolution.

 On savait par la rumeur publique que Charlebois avait troqué sa guitare acoustique pour un accompagnement plus heavy, comme l’avait fait Dylan en 1965. Mais, dans le cas de Deschamps, jusque-là un comédien n’ayant pas connu le succès, rien ne laissait attendre une telle révélation. Et le Quat’Sous ne contenant que 159 places, il fallut un certain temps, dans un monde sans Facebook et sans Twitter, pour que la nouvelle se répande à l’extérieur des cercles restreints des cafés comme La Bodega et Le Chat noir. Mais, dès la rentrée, le phénomène était bien installé à la Comédie-Canadienne, en attendant de conquérir la Place des Arts et tout le Québec.

 Guy Berthiaume

Président-directeur général de BAnQ

Racontez-nous L’Osstidcho

Qui n’a pas un jour ou l’autre entendu parler de L’Osstidcho? Ce spectacle que je considère mythique m’a toujours fascinée. J’aurais tellement désiré entendre Yvon présenter ses premiers monologues de vive voix, Robert et Louise s’époumoner sur Lindberg et California, la belle Mouffe rire avec les musiciens. Mais comme tout ça s’est passé plusieurs années avant ma naissance, je ne peux que me l’imaginer (et maintenant l’entendre grâce aux bandes sonores retrouvées).

 Mais même si plusieurs ne l’ont pas vécu directement, L’Osstidcho nous parle tellement! Racontez-nous ce que ça évoque pour vous, jeunes gens nés de la dernière pluie. Quelle place cette « désobéissance artistique » occupe-t-elle au 21e siècle?

L’Osstidcho

« Vous étiez présent en 1968 ou en janvier 1969 lors d’une des représentations de L’Osstidcho? Fouillez dans vos souvenirs et faites part de votre expérience : vos impressions, les faits marquants, la mise en scène, les émotions ressenties. Partagez  votre regard unique sur ce spectacle!

Vous n’y étiez pas? Votre opinion est également importante! Quelle est votre perception de L’Osstidcho, de son impact sur la chanson québécoise? Comment l’avez-vous découvert? Quels sont les éléments qui vous ont marqué?

La parole est à vous : contribuez à écrire l’histoire de ce spectacle légendaire. »